Chat empoisonné

Sommaire

L'empoisonnement fait basculer rapidement et soudainement le chat en bonne santé vers un tableau clinique sévère, voire en état de choc. Le pronostic vital de votre félin peut être engagé. L'intoxication endogène, générée par un dysfonctionnement métabolique, entraîne un empoisonnement sanguin chez des animaux déjà en mauvaise santé ; en général, il s'agit d'une complication d'une maladie que le propriétaire ignore ou gère mal.

Cet article a pour objectif de vous alerter en vous aidant à reconnaître les signes d'une intoxication avant qu'il ne soit trop tard, mais aussi d'avoir les bons gestes pour réagir rapidement !

Chat empoisonné : l'intoxication alimentaire du chat

Aliments non adaptés

Seuls les aliments non adaptés au régime carnivore du chat présentent des effets délétères immédiats et graves susceptibles d'empoisonner le chat :

  • le chocolat ;
  • le thé et le café ;
  • les alcools à dose importante.

Bon à savoir : Ces excitants provoquent de la tachycardie et de l'agitation. Il est très improbable que le chat soit attiré par ceux-ci, sauf s'ils sont associés à un produit lacté.

Le chat est aussi particulièrement sensible à l'ail, aux oignons et aux poireaux.

Remarque : Il s’agit d’empoisonnements rares.Comme l'oignon est un ingrédient souvent présent dans une recette maison, attention à ne pas nourrir le chat avec des restes de table.

Les aliments avariés par des mycotoxines (moisissures) ou contaminés par des bactéries entraînent des conséquences sérieuses sur le fonctionnement de l'organisme. Les aliments pourris provoquent des troubles neurologiques semblables à ceux provoqués par les insecticides (voir plus bas).

Symptômes et prévention avant de consulter

L'empoisonnement commence par des vomissements. S’ensuivent une léthargie, des difficultés respiratoires ou encore des urines de couleur marron.

La salmonelle, listeria, toxine botulique, escherichia coli provoquent de graves gastro-entérites avec vomissement et diarrhées qui vont entraîner une déshydratation. À ce stade, le chat est en danger. Il faut contacter sans tarder un vétérinaire pour mettre en place un traitement.

Votre chat a la diarrhée et vomit de nombreuses fois dans la journée ? Il présente de la fièvre et une apathie alors qu’il est en bonne santé ? Soyez vigilant et surveillez-le, ne le laissez pas seul et consultez dans les 24 heures.

En attendant la visite, mettez le chat à jeun et surveillez sa température. S'il a de la fièvre (au-dessus de 38,5 °C), essayez de l'abaisser en disposant un tapis refroidissant dans son panier. Au contraire, s’il est en hypothermie, enveloppez-le dans une couverture et gardez-le au chaud.

Les types de poisons ingérés par le chat

Carnivore strict, particulièrement sensible au goût amer ou déplaisant, le chat n’ingère pas de grandes quantités de végétaux, graines, médicaments. Il se contente de lécher ou mâchouiller, ce qui réduit la dose absorbée.

À noter : Comme les papilles gustatives du chat se trouvent sur le bout de la langue, si le goût est déplaisant, il n'ingèrera pas l'aliment. À la différence du chien chez qui elles se situent principalement dans l'arrière-gorge.

En conséquence, l'ingestion de poison est plutôt rare chez les chats, qui peuvent néanmoins être mis en présence d'une multitude de substances dangereuses.

Les végétaux

Le lys (Lilium Spp) : les signes sont l'hypersalivation, le vomissement, l'œdème de la face, les troubles neurologiques. Ingérer une feuille peut conduire à la mort, car le poison provoque une insuffisance rénale aiguë au bout de 24 à 48 heures.

Important : un vomissement immédiat est nécessaire si vous le voyez en avaler.

Le muguet et le colchique, tous deux appartenant à la famille des liliacées, sont très dangereux pour le chat et provoquent les mêmes réactions.

Les plantes d'appartement de la famille des aracées (plantes exotiques à larges feuilles épaisses) : elles contiennent des latex qui provoquent des brûlures des muqueuses buccales et de l’œsophage, occasionnant des lésions douloureuses et parfois une insuffisance rénale et des troubles nerveux.

Conseils : nettoyez avec du sérum physiologique toutes les parties du corps ayant été en contact avec le latex (bouche, œil, poils). En cas d'ingestion, les charbons végétaux sont efficaces. Téléphonez à votre vétérinaire, donnez le nom de la plante, et suivez ses indications. Soyez attentif aux gonflements de la bouche et gorge qui peuvent gêner la respiration.

Les traitements pour les humains

Le paracétamol (aspirine), les somnifères, les antidépresseurs, et les anti-inflammatoires (ibuprofène) sont les plus dangereux. Il y a peu de risque que le chat les avale de sa propre volonté.

Seuls les traitements à usage vétérinaire et prescrits après diagnostic peuvent être donnés au chat. Reportez-vous à la trousse de secours en fin de cet article pour voir quel produit utiliser selon le contexte.

Conseil : Dès que vous voyez le chat se coucher avec des difficultés respiratoires, ou bien être très agité, miauler ou tituber, appelez le vétérinaire et donnez-lui le nom du médicament donné en précisant pourquoi vous l'avez fait.

Les raticides

Les intoxications les plus fréquentes sont provoquées par les raticides. Les chats sont rarement attirés par les granules, mais s'empoisonnent en ingérant des rats empoisonnés : les proies sont faibles, mourantes et donc plus faciles à attraper. Ces produits contre les rats agissent comme des anticoagulants : des traces sanguines se retrouvent dans les excréments et les urines.

Bon à savoir : Les fèces peuvent être bleues ou vertes, comme les colorants utilisés pour teinter ses poisons.

En cas d’ingestion, le chat se montre faible et présente des muqueuses pâles. L'empoisonnement n'est visible qu'après un à plusieurs jours. En général, de la vitamine K s’administre quand l'anti-coagulant contient de la coumarine.

Le raticide contenant de l'alphachloralose provoque des problèmes neurologiques avec un abaissement de la température et des tremblements. Ils apparaissent peu après l’absorption.

Conseil : appelez le vétérinaire et suivez ses recommandations. Si vous êtes isolé face au problème et à l'urgence : faire vomir, donner du charbon actif et maintenir le chat au chaud en attendant l'admission en clinique.

Provoquer le vomissement

Après avoir expliqué la situation au vétérinaire ou centre antipoison pour animaux de compagnie, il est probable que les professionnels vous recommandent de faire vomir le chat tout de suite pour évacuer le poison de l'estomac. Vous trouverez une liste des numéros des centres antipoison sur Internet selon votre région.

Conseils : Donnez à votre animal une petite cuillère à café de peroxyde d'hydrogène à 3 %. Si vous n'en avez pas, administrez de l'eau oxygénée 10 volumes en calculant 1 à 2 ml/kg. Ensuite, donnez-lui du charbon végétal activé pour ralentir l'absorption des toxines dans l'intestin.

Emmenez-le à la clinique vétérinaire où le médecin procédera à un lavage gastrique. Il mettra le chat sous perfusion pour le maintenir hydraté, et lui placera un cathéter pour lui administrer des antivomitifs, des anticonvulsifs et autres thérapies nécessaires aux fonctions vitales.

Provoquer le vomissement de votre animal de compagnie est déconseillé dans les situations suivantes :

  • Le chat n'est plus conscient, ou convulse, ou ne tient plus sa tête droite : il y a un risque de fausse route et de broncho-pneumonie.
  • Si le chat a mangé des ficelles, des objets pointus comme des pics à brochettes ou des aiguilles.
  • Si le chat a mangé des plantes d'intérieur contenant du latex.
  • Si le chat a bu des produits ménagers, car ils provoquent des brûlures à l'appareil digestif.

Bon à savoir : L'ammoniaque, les décapants, les dégraissants, les lessives, les déboucheurs sont alcalins. Vous devez essayer de neutraliser leurs effets en donnant du vinaigre ou du jus de citron dilué dans un peu d'eau avec une seringue. En cas d'ingestion d’éléments acides comme des détartrants ou des gel-wc, il faut neutraliser l'acidité en donnant du lait.

Empoisonnement du chat par contact

Les piqûres d'insectes (guêpes, frelons) et les morsures de serpent (notamment la vipère, dont la piqûre correspond à une plaie de 2 petits trous distants de 1 cm) sont dangereuses si elles concernent la bouche, langue, pharynx, si elle est proche du cœur, ou si elles sont nombreuses.

Conseils : Essayez de retirer le dard et courez chez le vétérinaire afin d’empêcher la survenue d'un œdème pouvant bloquer les voies respiratoires.

Le chat souffrant est très difficile à manipuler. Capturez-le et enfermez-le dans une boîte. Si le chat se laisse faire, lavez la plaie avec de l'eau oxygénée, mettez un cataplasme froid pour ralentir la diffusion du venin. Si vous avez un tapis refroidissant, placez-le dans la cage de transport.

Important : Pas de pose de garrot ou d’utilisation de pompe anti-venin.

Emmenez-le directement chez le vétérinaire qui prescrira des corticoïdes et des antibiotiques et fera une injection d'un sérum antivenimeux si possible (en fonction du temps écoulé et de l'état de santé du chat)

Les insecticides

Les insecticides sont élaborés avec des agents toxiques qui provoquent des symptômes neurologiques graves dont les convulsions. Les antiparasitaires pour lutter contre les tiques et puces contiennent de la perméthrine dosée suivant l'espèce cible : l’animal peut être intoxiqué par un surdosage.

À la différence du chien, le chat y est particulièrement sensible : si votre chat est infesté de puces, il ne faut pas le traiter avec des pipettes pour des chats plus gros ou des chiens, cela ne servira à rien et sera très dangereux pour le chat. Il faut lui faire prendre des comprimés antiparasitaires qui tuent les puces adultes et œufs dans la demi-heure, traiter l’environnement avec un spray répulsif pour l'habitat (dans le même temps, tenez le chat hors de la maison et respectez les consignes du fabricant).

Bon à savoir : L'utilisation d'huiles essentielles comme anti-parasitaires provoque les mêmes effets toxiques (neurologiques et métaboliques) que les chimiques s'ils sont mal dosés ou inappropriés.

Le chat peut aussi s'empoisonner en étant en contact avec les insecticides pulvérisés au jardin ou en épandage dans les cultures et champs.

Exemple : les semis de graines prétraitées avec corvicides (employés pour le maïs et le blé) peuvent provoquer eux aussi des syndromes neurologiques.

Bon à savoir : un arrêté du 26 août 2019 a mis en œuvre à titre expérimental la possibilité pour les agriculteurs de recourir aux drones pour pulvériser des pesticides sur leurs terrains. Cette expérimentation s'applique à l'agriculture biologique, pour les produits éligibles et les terrains présentant une pente d'au moins 30 %.

À noter : depuis le 1er janvier 2020, des distances minimales doivent être respectées pour les épandages de produits phytosanitaires à proximité des habitations (arrêté du 27 décembre 2019). Ces distances minimales sont fixées à 20 mètres pour les plus dangereux, à 5 mètres pour les cultures basses et à 10 mètres pour les cultures hautes. Elles s'appliquent depuis le 1er juillet 2020 pour les parcelles déjà semées. Une réduction de ces distances minimales peut s’appliquer par dérogation locale.

Si vous voyez le chat se comporter bizarrement après avoir vagabondé dans un champ, dans un verger ou dans des vignes qui viennent d'être traités, lavez-le, en insistant sur les coussinets.

À noter : L'épandage d'engrais biologiques qui contiennent des tourteaux de ricin est fatal pour les chats.

Les symptômes observés

Voici les symptômes typiques provoqués par des convulsivants :

  • Hyper-salivation : le chat bave.
  • Augmentation du diamètre de la pupille du chat.
  • Hypothermie : le chat a froid et doit être maintenu au chaud.
  • La face et les oreilles du chat sont agitées de vibrations ou petits mouvements rapides et continus (trémulations musculaires).
  • Vomissement.

À ce stade, le chat est conscient et vous pouvez essayer de le faire vomir (si recommandé).

  • Problèmes locomoteurs : le chat titube.
  • Convulsions et apparition de contractions musculaires : le chat couché se raidit, ses muscles extenseurs sont tirés et sa tête part en arrière, sa gueule est ouverte et il bave. Autre forme possible de convulsion : un chat inconscient étendu et qui « pédale ».

À ce stade, le chat n'est plus conscient de son environnement. Il faut absolument arrêter au plus vite les convulsions pour éviter des dommages permanents au cerveau, voire la mort qui survient dans 20 % des cas. Seul le vétérinaire peut intervenir à ce stade.

Conseils : Pour les intoxications par contact, lavez le chat. Tenez-le enfermé et prenez immédiatement rendez-vous avec un vétérinaire.

L'intoxication endogène

L'intoxication endogène indique l'empoisonnement sanguin du chat provoqué par un dysfonctionnement des reins ou du pancréas ou du foie. 

De cette situation découlent deux complications :

  • L'urémie est une complication de l'insuffisance rénale. L'urée, déchet métabolique des protéines, n'est plus éliminée dans l'urine. L'haleine du chat sent l'ammoniaque (odeur d'urine).
  • L'acidocétose diabétique : le chat manque d'insuline et puise dans ses réserves de graisses pour fournir de l'énergie aux cellules, mais cette réaction produit des cétones (des acides) qui circulent dans le sang. Ce dernier est alors trop acide. L'haleine du chat sent l'acétone (odeur de fruit pourri, solvant)

Ce sont deux complications qui nécessitent une prise en charge immédiate du chat par une clinique vétérinaire.

Les signes cliniques de maladies métaboliques sont les suivants :

  • Le chat a perdu l'appétit, ou ne mange plus pendant plus de 2 jours consécutifs.
  • Le chat a maigri rapidement.
  • Le chat boit beaucoup et urine très fréquemment.
  • Le chat est léthargique, peine à se tenir debout.
  • Le chat a mauvaise haleine.
  • Le chat a des gencives blanches ou jaunes.
  • Le chat vomit souvent et a des diarrhées.

N'attendez pas que le chat se rétablisse sans traitement, c'est impossible. Consulter le vétérinaire avant toute complication est conseillé.

Premier secours

Avoir une trousse de premier secours permet de faire face et administrer les premiers soins au chat malade ou accidenté. Elle doit contenir :

  • un tapis refroidissant et une couverture ;
  • un thermomètre rectal ;
  • des charbons végétaux activés, qui permettent de capter les toxines dans l'estomac et l'intestin avant qu'elles ne passent dans le réseau sanguin ;
  • du bicarbonate de soude alimentaire qui combat l'acidité d'agent corrosif dans l'estomac.
  • une seringue, pour administrer les liquides ;
  • de la solution de peroxyde d'hydrogène à 3 %, qui induit le vomissement au bout de 15 minutes. De plus, c'est un antiseptique utile pour nettoyer les plaies ;
  • de la lotion physiologique pour rincer les yeux ;
  • de l'eau oxygénée pour rincer les plaies ;
  • une pince courbée (pour retirer les dards) et des compresses de gaze ;
  • des compresses alcalines ou du bicarbonate de soude à diluer ;
  • le numéro du centre antipoison animal le plus proche de chez vous et celui de votre vétérinaire !

En conclusion

  • Les causes des empoisonnements des animaux sont diverses (végétaux, rodenticides, traitements non adaptés aux animaux, etc.)
  • Différents indices permettent de savoir si le chat a mangé ou léché un produit toxique (hypersalivation, pupilles dilatées, hypothermie, vomissement, etc.)
  • Contacter rapidement le centre antipoison le plus proche de chez vous s’impose si vous pensez que votre animal domestique a mangé un produit toxique. Vous trouverez la liste sur Internet.

Ces pros peuvent vous aider